CINEMA

CINEMA

Publié le 07/04/2017 dans ACTUALITES

AURORE

Une nouvelle vie

Séparée, Aurore se retrouve à un tournant de sa vie. Marina, sa fille aînée, lui annonce être enceinte, Lucie, la cadette, vit sa première histoire d'amour et elle-même est en pleine ménopause. Elle retrouve par hasard Totoche, son amour d’enfance, qu'elle avait quitté pour celui qui fut entre temps son mari. Agnès Jaoui incarne avec séduction, émotion et chaleur cette femme bouleversée par les bouleversements de son corps et le départ annoncé de ses filles. Une comédie sur la difficulté de vieillir sans renoncer à sa personnalité, marquée par des personnages attachants et des scènes tendres et drôles, dont un moment cocasse et gênant dans un restaurant avec des serveurs chanteurs qui rendent compliquées les discussions intimes. À travers divers âges et représentations de la femme, la réalisatrice Blandine Lenoir signe un film aux revendications féministes assumées. En abordant notamment la question de la souffrance au travail, en dénonçant les actes misogynes au quotidien et en portant un regard nuancé sur les tracas de l'amour, elle tisse un portrait bienveillant de la féminité aujourd'hui. Thibault de Montalembert est l'attachant amour de jeunesse qui peine à dépasser la douleur du passé.

 

CESSEZ-LE-FEU

Après la guerre

 1923. Georges Laffont s'est expatrié en Afrique pour tenter d'oublier les horreurs de la Première Guerre Mondiale. À Nantes, son frère Marcel, sourd et muet depuis les combats, attend son retour et apprend la langue des signes auprès d'Hélène. Lorsque Georges rentre en France, il tombe sous son charme. Après une ouverture explosive dans les tranchées, le réalisateur Emmanuel Courcol dépeint sobrement les traumatismes physiques et mentaux de ces rescapés de l'enfer. Romain Duris illustre magistralement l'ambivalence de Georges, rugueux lorsqu'il semble maître de ses sentiments, fragile dès que la mémoire du pire se rappelle à lui, fougueux dans ses échanges avec Céline Sallette, elle-même tantôt solaire tantôt écrasée par le poids de la tragédie. Grégory Gadebois est Marcel, force de la nature murée dans le silence, seul son visage lui permettant d'exprimer ses tourments intérieurs. Madeleine, bienveillante veuve de guerre et espoir ténu pour lui d'une vie normale, est jouée avec délicatesse par Julie-Marie Parmentier. Le récit s'attache avec générosité et complexité au sort des femmes, victimes plus ou moins indirectes des guerres pourtant bien négligées par la Grande Histoire.

 

GOLD

Un bon filon ?

1981. Kenneth Wells hérite de la compagnie de prospection minière de son père. Quelques années plus tard, l'entreprise est au bord de la faillite et il accumule les plans foireux pour se maintenir à flot. Une nuit, il rêve d'une mine dans la forêt vierge indonésienne. Pour la trouver, il fait équipe avec le géologue Mike Acosta, autre aventurier de la ruée vers l'or, au caractère plus posé. Librement inspirée d'un vrai scandale au Canada, cette histoire repose sur l'énergie de Matthew McConaughey dans une prestation outrée mais réjouissante malgré quelques facilités de scénario. Il a pris du poids et arbore une calvitie peu flatteuse pour jouer cet alcoolique invétéré, obstiné par sa quête de réussite et son orgueil démesuré. Le réalisateur Stephen Gaghan dirige une satire des dérives du capitalisme qui repose sur l'apparente mauvaise foi de son protagoniste, lancé dans une quête absurde d'un bon filon pour changer sa vie. Sincère à sa manière, il est inconscient de la réalité des manipulations, dont celles des requins de Wall Street, qui se jouent dans son dos. Deuxième moitié d'un duo dynamique, Édgar Ramírez vole parfois la vedette à son illustre partenaire en discret spéculateur roublard.

 

PRIS DE COURT

Bijoux en famille

 Mauvaise surprise pour Nathalie, bijoutière qui découvre que l'emploi qui lui était promis à Paris a été attribué à un autre. Désemparée, sans économie et sans possibilité de revenir en arrière, elle cherche un nouveau travail. En attendant, elle cache la vérité à ses enfants pour ne pas les inquiéter. Ce petit mensonge bien intentionné aura de lourdes conséquences lorsque son fils aîné s'en rendra compte. Virginie Efira est une mère forte qui se bat pour assurer seule le quotidien de sa progéniture après la perte de son mari. Emmanuelle Cuau suit le glissement vers la délinquance d'un adolescent encore sous le choc de la mort de son père, perturbé par les cachotteries de sa mère qu'il ressent comme un manque de confiance. Isolé dans une ville où il n'a pas d'amis, il se lie avec un garçon un peu plus âgé qui travaille pour un caïd local joué par Gilbert Melki. En acceptant de se faire le complice de petits deals, il se retrouve dans une situation inextricable dont seule sa mère pourra le sortir. Évitant l'écueil d'une psychologie trop explicite, la réalisatrice fait aisément comprendre les états d'âme de ses personnages malmenés par les aléas de la vie.

 

THE  YOUNG LADY

Un mariage de sang

1865, en Angleterre. Katherine est mariée par sa famille à un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Il la néglige tout en lui interdisant de sortir de leur sinistre demeure dans les landes. Pour s'évader de son ennui et d'une extrême solitude, elle se promène dans la bruyère anglaise. Son envie d'envolées romanesques explose avec sa rencontre sensuelle avec un palefrenier entreprenant. Leur relation fusionnelle lui permet de libérer ses frustrations mais les tentatives d'entraver leur union affichée sans retenue déchaîneront les pires instincts en elle. Dans cette adaptation d'un roman russe du milieu du XIXème siècle, Florence Pugh incarne une jeune femme apparemment sage qui va se rebeller viscéralement. Son jeu instinctif passe par ses actions menées avec une ardeur tranquille, avec des regards qui véhiculent une large gamme d'émotions, les dialogues limités au minimum. Malgré un rythme aride, la passion d'abord sourde devient explosive avec les passages à l'acte de plus en plus terrifiants d'une furie déterminée à lutter contre tout frein à sa liberté. Elle entraîne dans une immoralité terrifiante son amant et sa domestique, incapables de résister à son machiavélisme croissant.

 

UN PROFIL POUR DEUX

Cyrano de Belleville

Reclus dans son appartement de Belleville depuis la mort de son épouse, Pierre, 79 ans, découvre les sites de rencontres sur internet grâce à Alex, engagé par sa fille pour lui apprendre à se servir d'un ordinateur. Il tombe amoureux d'une jeune femme mais ment sur son âge. Lorsque vient le moment où elle demande à le rencontrer, il se fait remplacer par son professeur, ignorant qu'il est le petit ami de sa petite-fille. Cette comédie repose pour beaucoup sur l'interprétation touchante – et drôle – de Pierre Richard en vieux bougon qui redécouvre l'amour à un âge très avancé, une relation qu'il n'arrive à vivre que par procuration. Manipulateur attachant, il entraîne dans son sillage ce jeune homme effacé, qui se laisse guider par les mensonges de son élève. L'ex «Distrait» se prend les pieds dans les fils des nouvelles technologies dans cette comédie romantique aux faux airs de Cyrano de Bergerac, sans la dimension tragique. Malgré des rebondissements pour le moins forcés, le charme prend grâce aux acteurs, Fanny Valette et Yaniss Lespert ne déméritant pas face à un grand maître de l'humour dirigé à nouveau par Stéphane Robelin («Et si on vivait tous ensemble ?»).

 

Pascal Le Duff