UPILIO FAIMALI

UPILIO FAIMALI

Publié le 04/08/2026 dans HISTOIRES FORAINES

UPILIO FAIMALI,

LE PLUS EUROPEEN

DES DOMPTEURS FORAINS

 

Si chacun sait qui est et quelle fut la carrière de François Bidel, dompteur émérite,  fondateur d’une mutuelle foraine, et concurrent de son ami Pezon, on connaît beaucoup moins son beau-père, Upilio Faimali, qui épousa sa mère restée veuve. Il est vrai que, de disputes en réconciliations, leurs relations furent pour le moins tendues. Voici donc le portrait d’Upilio Faimali, le plus français des dompteurs italiens…

 

 

Né à Groparello, dans la province de Plaisance (Italie), le 25 août 1826, Upilio Faimali se produisit sur les champs de foire de France et d’Italie avec le même bonheur alors que rien ne le prédisposait à devenir l’un des plus talentueux dresseurs de fauves de la seconde moitié du dix-neuvième siècle.

 

La traversée des Alpes
Dernier-né d’une fratrie de sept enfants, issus d’une famille d’agriculteurs, le jeune Upilio qui n’éprouvait aucune attirance pour le travail de la terre, rêvait de parcourir le monde afin d’aider sa famille. Ainsi, âgé de onze ans, il quitta sa terre natale pour la France avec des projets plein la tête. Il traversa Piémont et Savoie, couchant çà et là dans des granges ou des écuries, acceptant l’hospitalité de paysans hospitaliers. Mais, seul sur les routes à cet âge-là, il fut à plusieurs reprises interpellé par la maréchaussée,  invoquant chaque fois une histoire plus ou moins abracadabrantesque mais toujours plausible pour justifier son absence de passeport. Son imagination débordante lui permit ainsi de passer à travers les mailles du filet et de se retrouver à Colmar en plein Carnaval, avec de nombreuses baraques foraines disséminées sur les différentes places de la ville. Un rêve tout éveillé pour le jeune garçon fasciné par les affiches du Cirque Didier-Gauthier qui, à coups de superlatifs, donnaient libre cours à son imagination débordante.

 

Débuts au cirque
Après avoir rôdé plusieurs jours autour du chapiteau de ce cirque voyageur, avec le culot d’un enfant de son âge, il demanda à rencontrer le directeur de l’établissement. Bluffé par le garçon qui lui expliqua qu’il était fort et vigoureux, capable de nourrir les bêtes et apte à rendre de nombreux services en échange du gite et du couvert, celui-ci l’embaucha sur le champ. C’est ainsi qu’Upilio Faimali suivit le cirque Didier-Gauthier à travers l’Europe, découvrant et apprenant toutes les facettes du métier. Son intelligence instinctive, son amour des bêtes fit le reste… En effet, deux ou trois mois après avoir été embauché aux écuries, il passa dans l’arène comme cavalier acrobate exécutant quelques sauts périlleux sur cheval. Sa carrière d’écuyer se prolongea quelques années à travers l’Allemagne, l’Autriche et la Pologne, jusqu’au jour où celui qui était devenu un jeune homme aussi talentueux qu’entreprenant proposa au directeur du cirque un numéro exceptionnel capable de doubler les recettes de l’établissement !

 

Un gros coup de bluff

« Un écuyer venant de Paris, et réalisant des prouesses extraordinaires… » lui avait-il promis, sans plus de précision. Etonnement de M. Gauthier qui mit un certain temps à se décider, d’autant qu’Upilio Faimali, assez mal payé, avait assorti son offre du versement d’une prime mensuelle assez conséquente pour l’époque. Mais, doubler la recette était alléchant, et le directeur de l’établissement finit par accepter... Upilio lui dit que l’artiste arriverait au dernier moment, tout en lui assurant que ce serait un succès. Si ce n’est que le jour dit, après avoir annoncé – à grand renfort de publicité- l’arrivée d’un écuyer extraordinaire, ce dernier tardait à faire son apparition sur la piste. Au point que le directeur, fou de rage, songeait très sérieusement à présenter ses excuses au public qui commençait sérieusement à s’impatienter, lorsqu’un singe en uniforme militaire apparu chevauchant un terre-neuve !

Eh oui… l’écuyer parisien et sa monture étaient bel et bien là.. L’effet de surprise passé, l’enthousiasme du public fit le reste et les belles recettes du Cirque.
A l’insu de tous, Upilio Faimali avait réussi à dresser singe et terre-neuve qui se comportaient comme écuyer acrobate et cheval. Le succès au rendez-vous, le jeune Upilio parcouru l’Europe avant de quitter le cirque pour un contrat plus rémunérateur. Las, à Copenhague (Danemark), un concurrent jaloux empoisonna le singe écuyer.
Upilio Faimali ne se laissa pas abattre pour autant… Fort du pécule amassé au cours des dernières années, il acheta quelques bêtes (hyènes, loups, panthères, singes, etc.) qu’il dressa avant de reprendre la route. C’est alors qu’avec sa première ménagerie faite de bric et de broc, il se produisit en Europe, et plus particulièrement à Bruxelles où il fit ses premiers pas dans une voiture cage face à un lion. Il se retrouva quelque temps plus tard, en France, sur des champs de foire où le hasard des tournées lui fit rencontrer Mme Bidel (la mère du jeune François) qui venait de perdre son mari. Ils s’associèrent et finir même par convoler, mais le jeune Bidel ne s’entendant pas avec lui, quitta la ménagerie familiale pour voler de ses propres ailes.

 

La chasse à la panthère

Amoureux des fauves, Upilio Faimali poursuivit –en compagnie de la mère de François Bidel - sa carrière de dompteur européen, en se rendant en Afrique pour capturer des animaux, et plus particulièrement en Grande Kabylie. On dit qu’il en ramena vingt sept bêtes  dont un certain nombre de léopards avec lesquels il conforta sa célébrité auprès du public.

A l’Hippodrome de Paris, mais aussi à Marseille, en passant par  l’Allemagne, la Hollande, et dans d’autres pays encore, il présentait un grand numéro de dressage, « La chasse à la panthère » au cours duquel il évoquait avec talent ses aventures africaines, faisant rêver l’assistance à l’évocation de ces contrées inconnues…

 

Dernière étape, l’Italie…

Son succès le mena à se produire à la Cour d’Angleterre, mais aussi dans son pays natal, l’Italie. En 1871, alors qu’il se trouvait à Ferrare, en compagnie de sa femme, François Bidel, dresseur connu et reconnu vint au chevet de sa mère mourante. Ce fut aussi l’occasion de retrouver Faïmali avec lequel il s’associa pour une grande tournée transalpine qui les mena à Naples, Florence, Rome, Turin, Gênes, mais aussi  dans le Piémont où ils donnèrent une représentation devant le Roi Victor Emmanuel. Un grand souvenir que l’on retrouve avec détails dans les mémoires de François Bidel, mais les deux hommes ayant un fort caractère, une dispute, plus violente que les autres, mis fin à leur association. François Bidel, rentra en France alors qu’Upilio Faimali poursuivit sa tournée transalpine. Peu de temps d’ailleurs…

Les deux hommes s’étant réconciliés aussi vite qu’ils s’étaient séparés, Upilio Faimali, las des tournées,  finit – en 1874- par céder ses animaux à son beau-fils, avant de se retirer dans sa propriété de Pontenure (Italie) où il se remaria avec une jeune fille du pays. Il y décéda le 13 septembre 1894 au terme d’une vie aussi passionnante que bien remplie !